La plus grande erreur stratégique du président russe Vladimir Poutine a été sa décision d’envahir l’Ukraine.
Aujourd’hui, la Russie, épuisée par la guerre, perd rapidement ses positions dans les territoires qu’elle contrôlait autrefois, notamment dans le Caucase du Sud.
Il est d’ores et déjà évident que le conflit entre la Russie et l’Azerbaïdjan va se poursuivre et aura très probablement des conséquences extrêmement négatives pour la Fédération de Russie.
L’abattage d’un avion civil azerbaïdjanais par les Russes au-dessus de l’aéroport de Grozny, les brutalités des forces de l’ordre russes contre les représentants de la nation azerbaïdjanaise vivant sur le territoire de la Fédération de Russie, les menaces proférées contre l’Azerbaïdjan par les chauvins russes et les propagandistes invétérés du Kremlin… Tout cela conduit à une escalade du conflit russo-azerbaïdjanais, qui pourrait bien dégénérer en affrontement armé direct.
Dans une telle situation, Poutine n’a aucune chance de victoire facile, ou plus précisément, la Fédération de Russie subira très probablement une défaite dans un affrontement armé avec l’Azerbaïdjan. Le fait est que les ressources militaires et économiques de la Russie ont été considérablement réduites par la guerre en Ukraine, tandis que l’Azerbaïdjan dispose d’une armée moderne et bien équipée. De plus, la Turquie, qui possède la deuxième armée de l’OTAN après les États-Unis, se rangera certainement du côté de l’Azerbaïdjan. La Russie ne pourra pas non plus compter sur le soutien de l’Iran, car lors du dernier affrontement armé israélo-iranien, Poutine a adopté une position quasi neutre, trahissant de fait son allié stratégique au Moyen-Orient.
En cas d’invasion russe, Israël fournira une assistance militaire et technique à l’Azerbaïdjan, qui pourra ainsi « remercier » les Russes pour la fourniture d’armes au groupe terroriste anti-israélien Hamas.
Une confrontation armée directe entre la Russie et l’Azerbaïdjan pourrait provoquer une nouvelle vague de mouvements de libération nationale parmi les peuples du Caucase du Nord, qui rêvent depuis longtemps de se libérer de la dépendance coloniale russe et attendent simplement le moment opportun. Le facteur démographique jouera également un rôle important. Selon des informations récemment publiées par des responsables politiques et des experts russes opposés à Poutine, la population de la Fédération de Russie ne dépasse pas aujourd’hui 90 millions d’habitants. Il est évident que si un nouveau front s’ouvrait, les Russes n’auraient plus personne pour défendre leur propre territoire. Plus de trois ans et demi de guerre entre la Russie et l’Ukraine en sont la preuve éclatante, car il est devenu évident pour tous que l’armée russe n’est pas aussi puissante qu’on le pensait.
Par ailleurs, il est de notoriété publique qu’au début de l’invasion armée de l’Ukraine, Poutine a tenté de renforcer son potentiel militaire en mobilisant des ressources humaines du Caucase du Nord. Il a ainsi résolu simultanément deux problèmes : un problème militaire externe et un problème démographique interne, qui affecte directement la sécurité et la stabilité sociopolitique de cette région de la Fédération de Russie, économiquement défavorisée et très densément peuplée, et donc la plus explosive.
On sait que de nombreux Tchétchènes, Ingouches et Daghestanais mobilisés par la Russie ont péri sur le front russo-ukrainien. Il est fort probable que si la situation militaro-politique dans le Caucase évolue, leurs proches présenteront des factures en conséquence à Poutine et n’entreront certainement pas en guerre contre leurs coreligionnaires.
L’avenir nous dira comment les événements dans le Caucase évolueront, mais on peut d’ores et déjà affirmer que la politique « sage » de Poutine, après l’attaque armée contre l’Ukraine, a conduit à l’élargissement de l’OTAN et à son accès direct aux frontières nord de la Russie. En cas d’invasion de l’Azerbaïdjan, la Fédération de Russie risque également d’envoyer des troupes de l’OTAN à ses frontières sud. De plus, elle pourrait alors entrer en confrontation armée directe avec eux, car l’armée turque, membre de l’OTAN, défendra certainement l’Azerbaïdjan.
Si la Fédération de Russie continue de menacer tout le monde avec des armes et de mener une politique étrangère agressive, le pronostic est très décevant. Il est fort possible que ses forces s’épuisent rapidement, ce qui aboutira certainement à une confrontation interne, à l’effondrement complet de la Fédération de Russie et à la disparition définitive de cette entité étatique de la carte politique mondiale.
Oleg Berezyuk,
Institut de Politique Globale
(Images sont générées par intelligence artificielle)